Quelle question de politique étrangère et de défense du Canada a connu le moins d’améliorations au cours de la dernière année, et sur quoi le gouvernement du Canada devrait-il concentrer ses efforts pour l’année à venir?
Policy Forum Politique est un format de publication qui vise à stimuler le débat en présentant un large éventail d’opinions d’experts sur un sujet important pour la sécurité nationale du Canada. Pour cette quatrième édition, nous avons demandé à trois experts leur point de vue sur la performance du gouvernement canadien en 2025.
Louise Blais | Université Laval
L’enjeu ayant le moins progressé cette année est la relation de défense et de sécurité avec les États-Unis, un pilier que nous continuons d’aborder de manière fragmentée. Malgré des investissements additionnels, notamment pour moderniser NORAD, le Canada n’a toujours pas articulé une stratégie proactive qui intègre l’ensemble des défis de sécurité continentale.
Cette lacune devient encore plus préoccupante lorsqu’on considère l’évolution du dossier mexicain. Washington débat désormais ouvertement de possibles opérations militaires ciblées contre les cartels sur le sol mexicain. Une telle décision créerait un dilemme stratégique majeur pour le Canada : sommes-nous prêts à définir notre position si notre allié principal choisit d’agir dans ce cadre? Avons-nous évalué les impacts sur la coopération trilatérale, sur l’ACEUM, et sur la sécurité de nos propres frontières? Rien n’indique qu’un tel scénario ait été anticipé avec sérieux.
Plus largement, notre absence de stratégie continentale nous pousse parfois à compenser par un rapprochement avec l’Europe. S’il est important, ce pivot ne peut remplacer la relation de défense avec les États-Unis, sans laquelle ni la protection de notre territoire ni la stabilité de nos chaînes d’approvisionnement ne peuvent être garanties. S’éloigner de Washington, volontairement ou par omission, reviendrait à fragiliser notre propre sécurité.
Pour la prochaine année, la priorité doit être claire: Bâtir une stratégie de sécurité nord-américaine assumée au plus haut niveau, qui relie nos investissements, notre engagement envers NORAD, et une préparation sincère aux dilemmes émergents y compris ceux liés au Mexique et aux décisions militaires américaines.
Louise Blais est diplomate en résidence et membre associée de l’ESEI. Elle a occupé le poste d’ambassadrice et de représentante permanente adjointe du Canada auprès des Nations Unies de 2017 à 2021, où elle était responsable de l’Agenda 2030 et de la campagne pour le Conseil de sécurité.
Alexander Lanoszka | Université de Waterloo
Dans dix ans, les membres de la communauté de la défense canadienne pourraient envisager l’année 2025 d’au moins deux façons. Ils pourraient considérer 2025 comme l’année d’un changement catalyseur attendu depuis longtemps qui a contribué à redonner une vitalité bien nécessaire aux Forces armées canadiennes (FAC). Après des décennies de négligence, les dirigeants canadiens ont enfin été en mesure de prendre un engagement financier et politique durable pour reconstruire les FAC, rétablissant ainsi la réputation du Canada en tant qu’allié militaire fiable tout en donnant au pays le pouvoir d’action dont il avait tant besoin dans un monde de plus en plus en proie à des conflits violents.
Cependant, il existe un risque que 2025 ne soit qu’un feu de paille. Les nouveaux engagements financiers pourraient s’avérer temporaires, à l’instar de ce qui s’est produit pendant et avant les années Harper. Malgré toutes les bonnes paroles prononcées par les dirigeants politiques à l’époque, les vieilles habitudes ont eu du mal à disparaître. Plutôt que d’envisager les achats en fonction des besoins et des fonctions militaires, les politiciens les considéraient toujours comme un moyen de développer l’économie régionale et de créer des emplois, sans parler de marquer des points politiques faciles. Les capacités militaires et de défense en ont souffert.
L’examen en cours du programme F-35 montre à quel point l’avenir reste incertain. Initialement motivée par les déclarations corrosives du président américain Donald Trump, cette révision continue de traîner en longueur en raison des affirmations très contestables de Saab concernant les avantages en termes d’emploi de la production d’avions Gripen au Canada. Ainsi, s’il y a un domaine dans lequel les dirigeants civils canadiens peuvent s’améliorer, c’est celui-ci : ils doivent prendre au sérieux les besoins réels des FAC pour accomplir la mission qui leur est confiée et mieux aligner leurs investissements et leurs plans en conséquence.
Alexander Lanoszka est professeur agrégé en relations internationales à l’Université de Waterloo et directeur du programme de maîtrise en service public. Il est codirecteur du Réseau d’analyse stratégique et ses recherches portent sur la politique des alliances, les théories de la guerre et la politique européenne.
Sarah Sharma | Université d’Ottawa
Les énergies renouvelables sont essentielles à la sécurité et à la souveraineté futures du Canada.
Au cours de l’année écoulée, le gouvernement libéral dirigé par Carney a entrepris le plus important recul de la politique climatique canadienne de la dernière décennie. Plus significatif encore, le gouvernement fédéral et la province de l’Alberta ont annoncé un protocole d’accord pour la construction d’un nouveau pipeline dans l’intérêt de la « construction nationale ». En réalité, nous ne pouvons pas nous permettre d’investir des fonds publics dans des projets d’infrastructure énergétique qui ne sont pas rentables, qui menacent les relations avec de nombreuses Premières Nations et qui provoquent des conflits interprovinciaux susceptibles de compromettre d’autres grands projets d’infrastructure. La souveraineté énergétique du Canada ne peut reposer sur les épaules de l’industrie pétrolière et gazière.
Un groupe d’anciens hauts responsables militaires a récemment affirmé que la crise climatique et l’insécurité énergétique constituent des menaces légitimes pour la sécurité nationale du Canada. Les énergies renouvelables constituent la voie la plus viable vers la neutralité carbone et peuvent être bénéfiques tant pour la durabilité que pour la sécurité. Nous devons investir dans les énergies renouvelables partout au Canada, en particulier dans les communautés isolées et arctiques qui font de plus en plus l’objet de préoccupations géopolitiques.
Les communautés arctiques doivent bénéficier d’investissements dans l’ingénierie géothermique afin de protéger le pergélisol, dans les énergies renouvelables afin de remplacer le diesel, et dans des formes de conservation écologique afin de protéger les vies, les moyens de subsistance et les écosystèmes. Au-delà de l’Arctique, la mise en place d’infrastructures capables de résister à des chaleurs extrêmes, notamment grâce à des sources d’énergie propres, sera vitale pour les Canadiens confrontés à des risques sanitaires liés au réchauffement croissant des mois d’été. Les énergies renouvelables ne sont pas un « plus » à ajouter à l’agenda politique lorsque tout va bien ; elles sont une « nécessité » pour un avenir économique solide et sûr.
Sarah E. Sharma est professeure adjointe à la Faculté des sciences politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur la manière dont le pouvoir, la politique et l’économie influencent les politiques environnementales et leurs résultats à l’échelle transnationale, nationale et infranationale.






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