Sommaire Exécutif
Pour la première fois de son histoire, le Canada fait de l’autonomie stratégique un principe structurant de sa politique de défense. Or, le gouvernement n’en a formulé ni définition concrète ni cibles permettant d’en évaluer la réalisation, au risque d’en faire un slogan mobilisateur mais peu opératoire. Cette étude comble cette lacune : elle définit l’autonomie stratégique canadienne (ASC), en identifie les dimensions, les intérêts vitaux et les menaces qui la justifient, puis propose une feuille de route capacitaire et institutionnelle pour la réaliser.
L’ASC y est entendue comme la capacité de mener des opérations militaires avec les États-Unis si possible, mais sans leur soutien si nécessaire. Il s’agit d’une logique de dérisquage plutôt que de découplage, déclinée en trois dimensions : décisionnelle, opérationnelle, ainsi qu’industrielle et technologique. Elle constitue un objectif de moyen et de long terme, à l’horizon 2035-2040 a minima.
Principaux faits saillants
- Deux intérêts vitaux. La défense de l’intégrité territoriale du Canada, incluant l’Arctique et les infrastructures critiques, et celle de l’intégrité territoriale des alliés, auxquelles s’ajoute la préservation de la liberté de navigation pour le commerce international.
- Trois menaces principales. La menace conventionnelle et hybride russe, incluant un test possible de l’article 5 d’ici trois à cinq ans; la fin du soutien indéfectible des États-Unis, qui doit devenir l’hypothèse directrice de planification; et la montée en puissance de la Chine, dont les effets toucheraient le Canada même sans confrontation directe.
- Trois contraintes structurantes. Budgétaire : les dépenses de défense de base devront atteindre 159,1 milliards de dollars en 2035-2036 selon le directeur parlementaire du budget. Capacitaire : seuls 61,3 % des éléments de force sont prêts pour les opérations et les FAC accusent un déficit d’environ 16 000 membres. Politique : l’incohérence entre la rhétorique gouvernementale et les décisions d’acquisition.
- Défendre le territoire. Les priorités sont, dans l’ordre : le maintien des infrastructures, la cyberdéfense et la lutte anti-drone, un commandement et contrôle souverain complémentaire au NORAD, la surveillance et les communications spatiales, la surveillance aérienne et maritime, puis une défense aérienne acquise auprès de fournisseurs non américains.
- Une flotte mixte de plus de 130 avions de combat. Compléter la mise en service des 88 F-35 d’ici 2034, puis y adjoindre, à partir de 2035, une cinquantaine d’appareils de prochaine génération, acquis dans le cadre d’un programme allié non américain et associés à des drones de combat collaboratifs.
- Une capacité souveraine de frappe en profondeur. Diversification alliée (missiles JSM, programme européen ELSA), filière souveraine d’effecteurs à bas coût, vecteurs sous-marins et maîtrise de bout en bout de la chaîne de ciblage, en appui au projet de Capacité canadienne de frappe de précision en profondeur (CCFPP).
- Défendre les alliés. Fournir la masse attritionnelle (munitions, intercepteurs, drones) et les facilitateurs (porter la flotte de ravitailleurs à 12 ou 15 appareils et celle des GlobalEye à 8 ou 10), compléter les douze sous-marins de type 212CD par des véhicules sous-marins autonomes et la flotte d’avions de combat par des drones de combat collaboratifs et bâtir une contribution terrestre d’environ 50 000 militaires à disponibilité échelonnée.
- Quatre recommandations. Élaborer une nouvelle politique de défense définissant explicitement les intérêts vitaux; publier un plan décennal d’investissements validé par le directeur parlementaire du budget; porter la recherche et le développement à au moins 3 % du budget de défense; et financer de manière structurelle un écosystème analytique indépendant.
- Des risques assumés. L’ASC exige une constance politique d’une génération, expose le Canada à une coercition américaine qu’un dérisquage transparent et progressif permet de gérer, et ouvre une fenêtre de vulnérabilité prolongée : l’autonomie de commandement est atteignable en une décennie, l’autonomie de déni en quinze à vingt ans et l’autonomie de frappe en profondeur au-delà de 2040.
Le Canada dispose, pour la première fois depuis 1987, des ressources financières et de la volonté politique nécessaires pour construire une autonomie stratégique crédible. La feuille de route proposée vise à transformer cette ambition en réalité avant que cette fenêtre ne se referme.
Lire l’étude complète ici.
Crédit Image: Virginia Guard Public Affairs via Flickr, CC BY-NC 2.0.




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